Origine du nom de Métouia selon la légende de Dhû al-Qarnayn
Une mer intérieure fermée par enchantement, et l'oasis qui en garde le nom
Référence bibliographique
- Titre
- Archives des missions scientifiques et littéraires : choix de rapports et instructions publié sous les auspices du Ministère de l'instruction publique et des cultes
- Auteur
- France. Ministère de l'instruction publique. Auteur du texte
- Éditeur
- E. Leroux (Paris)
- Date d'édition
- 1877
- Pages
- 212-213-214
Le projet de mer intérieure
Sidi Hafnaoui interroge l'auteur sur le projet français de mer intérieure, puis expose sa conviction :
La mer n'était séparée du chott Djerid à Gabès que par une sorte de barrage peu large que les Français pourraient aisément venir à bout d'abattre, afin d'établir la communication entre la mer et la sebkha.
Il ajoute que Nefta aurait autrefois été un port, et que la mer intérieure irait jusqu'au-delà de l'oued Rhir.
Sidi Hussein et les Abadias
Confirmant cette tradition, Sidi Hussein rapporte :
La tradition veut que Nefta ait été autrefois port de mer. À cette époque la ville aurait été au pouvoir des Abadias, qui sont encore aujourd'hui représentés par les habitants du Mzab.
La mer, selon la tradition, baignait alors le pied même du tombeau de Sidi Bou Ali, saint patron de Nefta.
Mersat el Sahara, le port du désert
Nefta fut surnommée « Mersat el Sahara », le port du désert. Le kadi du Djerid, Sidi Ali Sâssi, affirme qu'on y trouva vers la fin du siècle dernier un navire d'une forme particulière, qui ne pouvait être qu'une galère antique, à Chattân ech Cheurfa.
Skander Dhou'l Kourneïn ferme la mer
D'après une légende recueillie à Telmin, dans le Nifzaoua :
Skander Dhou'l Kourneïn, venu d'Orient jusqu'à Metouïa, une des oasis des environs de Gabès, aurait séparé cette mer intérieure de la Méditerranée en créant, par ses enchantements (bel hakma), l'isthme, et l'aurait transformée ainsi en une simple sebkha.
C'est depuis ce temps, ajoute la légende, que Metouïa porte son nom, qui vient de metoua, « fermer, séparer ».
Le lac Triton et le capitaine Roudaire
Tissot rapproche ces traditions de l'étude des textes antiques relatifs au lac Triton, aboutissant à des conclusions analogues à celles développées depuis par le capitaine Roudaire sur le chott El-Djerid, ancienne lagune séparée du golfe de Gabès par un isthme de formation relativement récente.
Le témoignage de Sidi Ali Sâssi
Dans sa lettre, le kadi du Djerid rapporte le récit de Mahdi ben Atia ech Cherif, vieillard de quatre-vingt-dix-huit ans :
Ils m'ont répondu que, dans leur jeunesse, ils avaient entendu dire à leurs pères que le chott était jadis une mer, mais que le fond s'en était élevé et qu'il était devenu une sebkha.
Des débris de navire et des clous auraient été trouvés à Ghattân ech Cheurfa.
Metouïa, près de l'ancien passage de la mer
Le cheikh Bel Kassen ben Alizidi indique que l'oued Melah suivait autrefois le chemin le plus direct vers les chotts. Or l'oasis de Metouïa, qui vient de metoua, « fermer, séparer », et qui porte ce nom depuis que la communication n'existe plus, est située tout près de l'oued Melah.
Sidi Hassen Aïet, Teumbib et le manuscrit perdu
Les Arabes désignèrent également le marabout de Sidi Hassen Aïet, près de Nefta, et le village de Teumbib, dans le Nifzâoua, comme d'anciens ports. Le cheikh de Kbilli mentionna un manuscrit écrit par Ioussa Benoun, ancien capitaine de la mer à Nefta, que l'auteur ne parvint jamais à se procurer.
Pages du document original
Conclusion
Que l'on y voie le souvenir géologique d'une lagune asséchée ou une légende façonnée autour d'Alexandre le Grand, la tradition orale recueillie à la fin du XIXe siècle relie durablement le nom de Métouia au verbe metoua, « fermer, séparer » — celui qui, selon la légende, mit fin à la communication entre la mer et les chotts du Djerid.