Les faits historiques concernant la Métouïa dans le voyage archéologique de Victor Guérin (1862)
Planches du récit original
En 1862, l'archéologue et géographe français Victor Guérin traverse le sud tunisien et consigne, dans son récit de voyage, des observations précieuses sur les oasis de la région de Gabès. Son passage par la Métouïa et Ouderef offre l'un des témoignages les plus détaillés sur ces localités au XIXe siècle, mêlant géographie antique, mesures itinéraires et description directe des lieux.
Une station antique sur la route de Tacape
Guérin rattache la région à la Table de Peutinger, carte routière de l'Antiquité romaine, qui situe une station entre Macomades minores et Tacape (l'actuelle Gabès). Il avance l'hypothèse que cette station, nommée Ad Palmam, correspondrait au détour par les oasis de Métouïa et d'Ouderef, dont la distance combinée rejoint le chiffre de vingt-deux milles indiqué par la Table — contre dix-huit milles en ligne directe.
« À quatre heures trente minutes, nous traversons l'Oueder-Rama. À cinq heures vingt-cinq minutes, nous franchissons un autre oued un peu plus considérable, appelé Oued-el-Melah, à cause de la nature saline de ses eaux. À cinq heures quarante-cinq minutes, nous rencontrons une source près d'un bouquet de palmiers qui l'ombrage. Une agréable oasis plantée de jolis dattiers l'environne ; on l'appelle Aïounet. »
« À six heures quinze minutes, nous entrons dans Métouïa. C'est un village de cinq cents habitants environ. Ils cultivent des jardins très-fertiles, divisés par de petits murs de séparation en terre battue et arrosés par d'innombrables rigoles. L'arbre qui y domine est le palmier. Cet ensemble de jardins et cette forêt de dattiers constituent une oasis plus importante que la précédente. »
Victor Guérin, Voyage archéologique dans la Régence de Tunis, 1862Une nuit d'inquiétude entre Métouïa et Ouderef
Le récit prend un tour plus personnel lorsque Guérin, arrivé à Métouïa, ne trouve pas les membres de son escorte censés l'y précéder. Craignant un accident sur des routes qu'il qualifie lui-même de « peu sûres », il se rend avec deux compagnons jusqu'à Ouderef, village voisin d'environ trois cents habitants, dont il note qu'il est alors souvent en conflit avec Métouïa. Ce n'est que tard dans la nuit, de retour à Métouïa, que le groupe se retrouve enfin réuni.
Trois oasis, une antiquité partagée
Guérin conclut que les trois oasis — Aïounet, Métouïa et Ouderef — formaient, grâce à leurs eaux courantes et à leur fertilité, un même espace habité et cultivé depuis la plus haute antiquité. Il suggère que les ruines de Tarf-el-Ma, qu'il identifie à Ad Palmam, pourraient en réalité correspondre au site antique de Lacene (ou Lacenae), situé à six milles au nord — une distance qu'il rapproche précisément de celle séparant ces ruines de l'oasis d'Aïounet.
Trois oasis voisines, unies par leurs eaux courantes, portent la mémoire d'une antiquité que Victor Guérin fut l'un des premiers à consigner par écrit.