Metouia en 1900 dans les mémoires d'Eugène Gallois
Un témoignage historique rare consigné par le voyageur et géographe français Eugène Gallois dans son ouvrage « Les oasis d'Algérie et de Tunisie » paru en 1900, décrivant la situation de l'oasis de Metouia en population et en richesse phoenicicole, et la comparant aux oasis voisines de Oudhref, Ghannouch et Bouchema.
Un témoignage qui révèle la prospérité de l'oasis
Les écrits du voyageur et géographe français Eugène Gallois constituent l'un des témoignages étrangers les plus importants sur les oasis du Sud tunisien au tournant du XXe siècle, à la suite de son expédition consignée dans « Les oasis d'Algérie et de Tunisie » en 1900.
La page 110 de cet ouvrage revêt une importance particulière : elle offre une image claire de la situation de l'oasis à cette époque, en termes de population, de richesse agricole et de densité de la palmeraie, avec des comparaisons directes aux oasis d'Oudhref, Ghannouch et Bouchema.
Une petite oasis aux grandes ressources
Gallois estime la population de Metouia à environ mille habitants, un chiffre proche de celui de l'oasis voisine d'Oudhref. Malgré cette proximité démographique, la comparaison entre les deux oasis révèle un écart frappant dans la richesse agricole.
Il note que l'oasis de Metouia comptait plus de trente mille palmiers, contre seulement quinze mille à Oudhref — soit plus du double, malgré une population comparable, ce qui reflète l'efficacité de l'exploitation des ressources hydrauliques et les efforts continus de plantation.
Comparaison avec les oasis voisines
Gallois ne s'est pas contenté de chiffres bruts : il replace Metouia dans son contexte géographique. Oudhref comptait la moitié du nombre de palmiers de Metouia ; Ghannouch était plus peuplée mais possédait moins de palmiers ; quant à Bouchema, ses jardins traversaient une phase de renouveau après une période de déclin.
Ces comparaisons montrent que la densité démographique ne rime pas nécessairement avec l'abondance de la production agricole ou l'étendue de la palmeraie.
Une impression de terrain révélatrice de prospérité
Gallois en retire une impression nette : il considère Metouia comme plus vivante que les autres, mieux entretenue dans ses jardins et ses norias, en raison de l'ordonnancement des vergers et de la bonne exploitation des terres agricoles qu'il y observe.
Observations de terrain vivantes
Gallois est frappé par la présence de coupoles et de mausolées blancs à l'entrée des villages, marqueurs spatiaux et symboliques du paysage oasien.
Il relève aussi l'accueil chaleureux des habitants et leur hospitalité : certains l'ont accompagné jusqu'aux confins de l'oasis, lui ont montré les sources et les canaux d'irrigation, et l'ont aidé à réaliser ses croquis et ses observations de terrain.
Un modèle d'exploitation réussie de l'oasis
Avec plus de trente mille palmiers pour environ mille habitants, Metouia affiche un ratio de plus de trente palmiers par habitant, soit presque le double de celui d'Oudhref — signe d'un savoir-faire local accumulé dans la gestion de l'oasis et l'entretien des palmiers.
Fiche statistique de 1900
Une synthèse chiffrée fondée sur la comparaison entre population et richesse agricole.
Eugène Gallois... un voyageur qui documente les oasis
Né le 4 juin 1856 et décédé le 21 janvier 1916, Eugène Gallois fut l'un des voyageurs, géographes et dessinateurs français les plus notables de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.
Il mena des expéditions scientifiques en Tunisie et en Algérie, ainsi qu'en Inde, en Indochine, au Japon, aux Antilles et aux États-Unis, adoptant une méthode alliant observation directe et relevés géographiques et statistiques, illustrée par ses propres croquis.
Parmi ses œuvres majeures : « Les oasis d'Algérie et de Tunisie » (1900), « À travers l'Inde » (1899) et « La France asiatique » (1900).
La valeur historique du témoignage
L'importance du témoignage de Gallois ne réside pas seulement dans la description d'un voyage, mais dans le fait qu'il s'agit d'une observation contemporaine d'une époque où les oasis conservaient encore leur organisation traditionnelle, avant les mutations du XXe siècle.
Le document confirme que Metouia avait atteint, dès cette époque, un stade avancé de stabilité agricole, reposant essentiellement sur la palmeraie, dont la pérennité exigeait un savoir collectif accumulé en matière de répartition de l'eau, d'entretien des norias et d'organisation du travail agricole.
Conclusion
Le témoignage d'Eugène Gallois constitue un document historique fiable qui offre une image directe de la prospérité de Metouia au tournant du XXe siècle, confirmant sa place remarquable parmi les oasis du nord de Gabès en matière de densité palmicole et de soin apporté aux vergers et aux norias.
Source : Eugène Gallois, « Les oasis d'Algérie et de Tunisie », édition de 1900, page 110.