La Source Ancienne : mémoire de l'eau à Métouia
D'une source qui a donné son nom à Métouia à un témoin silencieux d'une époque où l'eau était le fondement de la vie
Emplacement et importance de la source
Dans la partie ouest de Métouia, près de la route reliant Gabès à Gafsa, se dresse aujourd'hui « la Source Ancienne », témoin d'une étape de l'histoire de la région où la vie des habitants était intimement liée à l'eau. Bien qu'elle ne soit plus, aujourd'hui, qu'un vestige ayant perdu une grande partie de ses traits et de sa fonction, elle conserve dans la mémoire des Métouiens l'histoire de tout un village.
Un carrefour de routes commerciales
Métouia, devenue commune et chef-lieu de délégation depuis 1957, occupait un emplacement géographique important entre la Méditerranée et les hauteurs de Dissa, au carrefour des routes commerciales reliant Gabès à Kairouan, ainsi que de la route saharienne menant de Gabès vers Gafsa puis vers l'Algérie. Cette position a favorisé l'essor du commerce et de l'agriculture, et a fait de l'eau un élément essentiel à l'installation et à la croissance du village.
« Aïn El-Métiya » ou « le puits maçonné »
L'historien Mohamed Marzouki rapporte dans son ouvrage « Gabès, jardin du monde » que la source servait d'étape et de point de passage aux caravanes commerciales. La tradition populaire raconte qu'une chamelle d'une caravane, venue s'y désaltérer, s'y serait noyée, d'où le nom « Aïn El-Métiya », devenu avec le temps « Métouia ». Une autre interprétation relie le nom au verbe « tawa » (replier, entourer), en lien avec l'expression « puits maçonné ».
Un système hydraulique intégré
La source n'était pas seulement un point d'eau : elle était le point de départ d'une saguia qui traversait le village en direction de l'ancienne « Maya ». À proximité se trouvait la « mida », un bassin réservé aux ablutions, initialement construit avec des troncs et des palmes de dattier. Celui qui voulait s'y laver posait une palme devant le bassin pour signaler sa présence — une coutume modeste révélant une organisation spontanée et un respect de l'intimité. Une petite mosquée se trouvait à proximité de la mida.
L'eau, ciment et pomme de discorde
L'appel « ta pelle, ton couffin et la Source Ancienne » invitait les habitants à participer au curage et à l'entretien de la saguia. L'eau n'était donc pas seulement une ressource naturelle, mais une responsabilité collective. La rareté de l'eau et la concurrence pour en obtenir des parts pouvaient toutefois mener à des conflits entre les habitants du « Bled » et ceux de la « Maya », rivalités que le colonialisme français exploitera plus tard pour asseoir son influence.
Le tarissement de la source
La source ne joue plus le rôle qu'elle tenait autrefois : son débit a progressivement diminué jusqu'à son tarissement complet au début des années 1970. La saguia, quant à elle, a disparu dans les premières années suivant l'indépendance, sous l'effet de l'aménagement urbain, entraînant la disparition d'une part importante du paysage urbain et social qui reliait la source, la palmeraie, la Maya et le village.
Un même système, un paysage transformé
L'histoire de la source est indissociable de celle de la palmeraie et de l'ancienne « Maya » : la source comme origine de l'eau, la saguia comme moyen de l'acheminer, la palmeraie comme espace agricole, la Maya comme espace résidentiel. Avec l'humidité, les inondations et l'évolution des conditions hydriques, les habitants de l'ancienne Maya ont peu à peu quitté leurs demeures, dont une partie s'est fondue dans la palmeraie, ne laissant que quelques vestiges effacés.
Mémoire du lieu, responsabilité du présent
La valeur de la Source Ancienne aujourd'hui ne se mesure plus à la quantité d'eau qu'elle pourrait fournir — son rôle hydraulique a pris fin depuis des décennies — mais à ce qu'elle représente sur le plan historique et patrimonial : témoin d'une époque où l'eau fondait la vie, où la saguia était une artère reliant les quartiers du village, et où les caravanes y trouvaient une halte pour se reposer.
La « Source Ancienne » n'est pas qu'une source tarie ; elle est la mémoire d'une eau dont le cours s'est asséché, mais dont la trace ne s'est pas effacée dans la mémoire des Métouiens.